«S’il en est ainsi, il faut se méfier grandement de la spontanéité, et c’est l’artifice qui mériterait des louanges étudiées, devenant art, artefact ou comme on dit dans l’Alentejo (ou comme on le disait au temps jadis) artemage, dont on voit d’emblée qu’il s’agit d’une façon populaire de désigner les arts magiques. Ou ne s’agirait-il pas plutôt de l’art de l’image ? Comme je n’ai pas complètement oublié que je suis un peintre, cette dernière hypothèse me plait qui consiste à appeler la peinture artemage. Le nom d’artemagista serait bien plus beau que celui de peintre, plus rigoureusement exact en l’occurrence, puisqu’il est des peintres forts différents et divers, et très éloignés de la peinture.»  

José Saramago

C’est dans la fugacité d’un soir, chez un ami, qui me tendit un petit tampon en cuivre à graver et, quelques pointes sèches que j’ai réalisé les images reproduites ci-dessus. J’avais alors dans la tête de façon vague et diffuse, un phare, peut-être un moulin. Bref, ce qui pouvait ressembler aux quais fluviaux que longent les ferry-boats reliant Lisbonne à la banlieue Sud de ma petite enfance et, dans un coin de ma mémoire, l’Ode maritime de Fernando Pessoa. A cette époque, ma peinture me semblait dans une impasse, me restituant une imagerie démodée et glacée, qui restait dans le maniérisme d’une matière posée d’emblée, et qui comme disent les Latins fonctionne « avec son propre vis -, c’est-à-dire à la fois avec sa propre vertu et sa propre violence. » En effet, à force d’inattendus révélés, à vouloir trop cerner la figuration, la représentation se desséchait.

Quelques années plus tard, dans l’espoir de trouver une interprétation critique face au hasard des coïncidences, je repris mes études. On me proposa de faire un mémoire de maîtrise sur les estampes d’Eugène Leroy, conservées au musée de l'Estampe et du Dessin, à Gravelines. A un cours, je présentai une séquence de trois gravures sans états intermédiaires. Et là certains professeurs s'exclamèrent de manière péremptoire et amusée : « Vous croyez que ça tombe du ciel ! Il n’y a pas de second degré ! ».  

Sept jours plus tard, venant d'orienter mes recherches en un plan et ayant écrit Merveilleux comme dernier mot, je me rendis à l'université. Sur ma route, je fus abordée par une dame fort avenante,  prénommée Georgette. Cette personne s'avéra être la mère de Marina, la dernière compagne d'Eugène Leroy, à qui je rendis visite dès le lendemain.

Dans l'oeuvre gravé d'Eugène Leroy, rassemblé à Gravelines, cela se termine par des têtes de mort...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merveilleux

Suite de monotypes en coîncidences, pointe sèche sur cuivre, 

encre, papier de soie, 4,5 x 3,3 cm  ou 3,3 x 4,5 cm  / vignette